SITUATION SYNDICALE AU CAMEROUN

L   a situation syndicale actuelle du Cameroun, tout en étant très intéressante, est assez complexe et difficile à comprendre par tout observateur non averti ou éloigné de la scène nationale.

Le mouvement syndical camerounais n’est pas homogène. Il est divisé en deux secteurs, le secteur privé régi par le Code du Travail et géré par le Ministère de l’Emploi, du Travail et de la Prévoyance Sociale (METPS), et le secteur public régi par le Statut Général de la Fonction Publique et géré par le Ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation (MINATD). Il est caractérisé par la violation quotidienne de la liberté syndicale et le non respect des conventions N° 87 et N° 98 de l’OIT pourtant ratifiées par le Cameroun d’une part, et l’immixtion des pouvoirs publics dans les affaires syndicales.

C’est dans ce contexte assez trouble qu’évoluent en ce moment, au-dessus de la panoplie de syndicats nationaux, unions départementales et fédérations, huit (8) centrales syndicales qui sont : la Confédération Syndicale des Travailleurs du Cameroun (CSTC), l’Union des Syndicats Libres du Cameroun (USLC), la Centrale Syndicale du Secteur Public (CSP), la Confédération Générale du Travail – Liberté (CGT-Liberté), la Confédération des Syndicats Indépendants du Cameroun (CSIC), l’Union Générale des Travailleurs du Cameroun (UGTC), la Confédération des Syndicats Autonomes du Cameroun (CSAC). En février 2008, une huitième précipitamment créée par le Ministre du travail et de la Sécurité Sociale (MINTSS) a vu le jour, pour contrecarrer la grève des transporteurs par taxis, cars et autobus qui était alors imminente, il s’agit de la Confédération Générale des Syndicats des Transporteurs du Cameroun (CGSTC). D’autres confédérations ont depuis lors été créées, il s’agit entre autre de la Cameroon Confédération of Workers Trade Union (CCWTU), la Confédération des Travailleurs Unis du Cameroun (CTUC), l’Entente Nationale des travailleurs du Cameroun (Entente), et de la Confédération Camerounaise du Travail (CCT). 

Sur les douze (12) centrales répertoriées, la CSP est la seule confédération qui syndicalise et évolue au sein de la Fonction Publique. Toutes les onze (11) autres sont du secteur privé. Bien qu’aucune loi n’interdise le regroupement des travailleurs du Privé et du public au sein d’une même organisation syndicale, l’administration camerounaise s’est toujours opposée à l’effectivité de cette possibilité.

Le dernier cas en date est celui de la Confédération des Syndicats Indépendants du Cameroun (CSIC) qui n’a pu être enregistrée qu’après avoir satisfait à l’exigence faite par le METPS (ancêtre du MINTSS) de se débarrasser d’une organisation membre, le SNUIPEN qui est un syndicat de la Fonction Publique.

D’une manière générale, une lecture objective du paysage syndical camerounais actuel nous offre l’occasion de constater l’existence de deux camps idéologiquement divergents :

  • Celui des syndicats qui se réclament ouvertement du syndicalisme d’accompagnement et du soutien au gouvernement ;

  • Celui des partisans du syndicalisme libre et indépendant, défenseur des droits et intérêts des travailleurs.